L'ombre grandissante des Ayatollahs en Amérique Latine

09.09.2009

L'ombre grandissante des Ayatollahs en Amérique Latine

Par Roman D. Ortiz

La nomination d'Ahmad Vahidi au poste de Ministre de la défense illustre clairement le danger posé par la pénétration iranienne en Amérique Latine. Ahmad Vahidi est recherché par Interpol pour son implication dans un attentat au véhicule piégé, causant 85 morts et plus de 300 blessés dans l'Association Mutuelle Israélo-Argentine à Buenos Aires, il y a 15 ans. Les enquêteurs argentins accusent l'Iran d'avoir planifié et financé cette attaque et le Hezbollah de l'avoir perpétrée.

Répondant aux critiques sur sa politique étrangère dans le cadre du débat pré-électoral au mois de juin, Mahmoud Ahmadinejad a déclaré : "Lorsque les pays occidentaux essayaient d'isoler l'Iran, nous sommes partis dans le jardin des Etats-Unis" – en Amérique Latine.

L'administration de Barack Obama doit prendre note. Le régime de Mahmoud Ahmadinejad promet d'avoir des répercussions stratégiques aux alentours des Etats-Unis. La montée de l'influence iranienne dans l'hémisphère occidentale – diplomatique, économique, militaire et dans l'infrastructure terroriste – a été rapide.

En un peu plus de deux ans, le nombre de représentants diplomatiques iraniens dans la région a augmenté de 6 à 11 et le nombre du personnel diplomatique a respectivement augmenté. Cette multiplication des relations iraniennes avec l'Amérique Latine est le résultat d'une convergence stratégique.

Téhéran voit son intrusion dans la région comme nécessaire à ses efforts pour affaiblir l'influence internationale de Washington. Les gouvernements radicaux de gauche du Venezuela, de la Bolivie, de l'Equateur et du Nicaragua voient l'Iran comme un partenaire avec lequel ils partagent une base commune : leur hostilité à l'égard des Etats-Unis. Le résultat est une alliance antiaméricaine au cœur de l'hémisphère occidental.

Le développement des relations politiques a été suivi par celui des intérêts économiques. Au Venezuela, l'Iran a investi dans une variété d'industries allant des usines automobiles aux cimenteries. En Equateur, la République islamique a accepté de construire une raffinerie et une usine pétrochimique. Parallèlement, Téhéran fait des efforts pour augmenter ses relations commerciales et sa coopération avec le Mexique et le Brésil.

Par ailleurs, l'Iran cherche à développer des liens militaires avec le Venezuela. En 2007, Téhéran a signé un accord pour collaborer sur des affaires de défense, qui a déjà produit un stock d'une douzaine de véhicules aériens sans équipage iranien. Parallèlement, Téhéran est devenu un partenaire clef dans le développement du programme spatial et des projets nucléaires de Caracas et a annoncé des projets de construction d'une usine de munitions à Carabobo, un des états du Venezuela.

Cependant, les activités iraniennes les plus inquiétantes en Amérique Latine sont le développement des infrastructures terroristes liées à l'Iran. Téhéran utilise à la fois les Gardiens de la Révolutions iranienne (GRI) – Ahmad Vahidi fut le chef des Forces Quads des GRI – le Hezbollah - groupe terroriste libanais - pour couvrir ses opérations. La présence des deux organisations en Amérique Latine a considérablement augmenté ces dernières années.

Par exemple, les GRI collaborent étroitement avec les services de renseignements vénézuéliens. Téhéran a envoyé des observateurs à des exercices militaires organisés par Caracas en 2008.Le Hezbollah a développé un réseau de relations avec des citoyens vénézuéliens, faisant de Caracas l'interface du Hezbollah en Amérique Latine. Comme l'a dénoncé le Département du Trésor des Etats-Unis, un diplomate vénézuélien accrédité à Beyrouth, Ghazir Nasr al Din, a apporté son soutien au Hezbollah, ainsi qu'une aide pour organiser son dispositif de collecte de fonds en Amérique Latine.

La présence du Hezbollah a été révélée par la prolifération des mosquées chiites en Equateur. Le Hezbollah a été impliqué dans la contrebande de drogues en Colombie et dans un trafic illégal d'immigrants au Mexique. L'organisation étend sa présence dans la région par l'intermédiaire de mandataires tels que le " Hezbollah Argentine " et le " Hezbollah Venezuela."

Téhéran cherche à obtenir des avantages stratégiques par son influence croissante en Amérique Latine au cas où son refus de mettre fin à son programme nucléaire provoquerait une confrontation militaire avec Washington ou Jérusalem. Téhéran souhaite utiliser la menace de représailles par des réseaux terroristes sous son contrôle en Amérique Latine comme outil pour dissuader les Etats-Unis et Israël de lancer une attaque contre son infrastructure nucléaire.

De plus, le régime des Ayatollahs espère que sa présence au sud des frontières américaines oblige les Etats-Unis à se concentrer davantage sur l'Hémisphère occidental, réduisant ainsi ses empreintes au Proche-Orient.
La pénétration iranienne dans l'Hémisphère occidental doit être prise au sérieux et être traitée. Des éléments de l'administration de Barack Obama ont préféré minimiser le potentiel déstabilisant de l’intrusion de Téhéran pour ne pas avoir affaire aux dilemmes stratégiques soulevés par le fait que la guerre contre le terrorisme a un front en Amérique Latine. Parallèlement, les gouvernements modérés d'Amérique Latine manquent d'expérience pour comprendre la menace et de ressources pour la confronter.

Les Etats-Unis doivent réduire et neutraliser l'influence de plus en plus importante de l'Iran en Amérique Latine pour que les attaques terroristes dans cette région ne se produisent plus et pour que les actions américaines en vue de déjouer le programme d'armement nucléaire iranien ne soient pas contraintes. Ce qui nécessite d'augmenter la pression des deux côtés de l'équation.

Washington devrait donc envoyer un message clair à Téhéran selon lequel il ne tolérera par de réseaux terroristes sponsorisés par l'Iran en Amérique Latine. Parallèlement, l'administration de Barack Obama devrait imposer des sanctions diplomatiques et commerciales à ces gouvernements d'Amérique Latine qui facilitent et soutiennent les activités iraniennes déstabilisantes dans l'Hémisphère.

Román D. Ortiz, principal associé dans la société de conseil en matière de sécurité privée et de défense, le Groupe Triarius à Bogota, Colombie, est professeur à l'Ecole d'Economie à l'Université de Los Andes à Bogota.

Reproduit avec la permission du Atlanta Journal-Constitution, Mercredi 9 septembre 2009.